RDC: l’écart se creuse entre l’épidémie d’Ebola et la riposte

Cinquante morts en vingt-quatre heures. Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), l’épidémie d’Ebola accélère à un rythme qui dépasse désormais celui de la réponse sanitaire. Les Nations Unies appellent à une mobilisation immédiate pour éviter que le virus ne prenne définitivement l’avantage.

Depuis Bunia, capitale de la province de l’Ituri, l’une des cinq provinces touchées par l’épidémie, le coordonnateur principal de l’ONU contre Ebola, Julien Harneis, et le directeur exécutif par intérim du Programme alimentaire mondial (PAM), Carl Skau, ont lancé mercredi un appel à une montée en puissance de la riposte. Selon eux, les moyens actuellement déployés ne suivent plus le rythme de l’épidémie.

« Au cours des dernières vingt-quatre heures, cinquante personnes sont mortes d’Ebola en République démocratique du Congo. Et le nombre de cas augmente de façon exponentielle tous les vingt jours », a alerté M. Harneis, par visioconférence, lors du point de presse quotidien des Nations Unies à New York. « Cette progression est bien plus rapide que celle de notre réponse. L’écart entre l’épidémie et notre riposte ne cesse donc de se creuser ».

Déclarée le 15 mai dans l’est de la RDC, l’épidémie est devenue la plus rapide jamais enregistrée pour le virus Ebola. Elle constitue également la plus importante flambée jamais provoquée par la souche Bundibugyo. Plus de 3 200 personnes ont déjà été infectées. Cette forme de la maladie, caractérisée notamment par des hémorragies sévères, présente un taux de létalité d’environ 40 %. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 48 zones de santé sont désormais touchées, réparties dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de Tshopo et du Haut-Uele.

La souche Bundibugyo laisse peu de marges de manœuvre. Aucun vaccin homologué n’existe encore contre cette variante du virus. Des essais cliniques ont bien débuté au Royaume-Uni et plusieurs traitements expérimentaux sont à l’étude, mais les responsables de l’ONU préviennent qu’il faudra encore des mois avant de disposer d’un vaccin ou de traitements pleinement validés.

Une épidémie qui se propage dans les foyers

L’un des principaux défis consiste désormais à convaincre les malades de rejoindre les centres de traitement avant qu’il ne soit trop tard. Aujourd’hui encore, près de 60 % des décès surviennent au sein des communautés, loin des structures de santé. Les proches soignent les malades à domicile jusqu’à leur mort, souvent sans protection. Or, rappelle Julien Harneis, c’est précisément après le décès que la charge virale atteint son niveau le plus élevé, transformant les derniers gestes de soin en nouveaux foyers de contamination.

Les premières victimes de cette transmission sont souvent les femmes, qui prennent traditionnellement en charge les malades, ainsi que les jeunes enfants. « Nous voudrions que ces personnes viennent se faire soigner », insiste le responsable onusien. « Si elles arrivent rapidement dans les centres de traitement dès l’apparition des symptômes, elles ont de très fortes chances de survivre ». Mais cette prise en charge précoce suppose une confiance qui fait encore défaut.

Les autorités sanitaires misent désormais sur un renforcement du travail de proximité pour convaincre les familles de consulter plus tôt. Si des traitements expérimentaux et une prophylaxie post-exposition sont actuellement à l’étude, ils ne peuvent produire leurs effets que si les patients arrivent rapidement dans les centres de soins.

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