Reporters sans frontières (RSF) alerte sur la prise du siège de la Radio Télévision Nyiragongo Musisimuke (RTNM), basé au village de Munigi, près de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, dans l’est RDC, depuis juin ou juillet 2025, par la Direction des services de renseignement de la plateforme politico-militaire l’AFC-M23, soit, quelques mois après la conquête de cette ville stratégique (Goma) avec le soutien de l’armée rwandaise sur les forces gouvernementales et leurs alliés.
Selon les témoignages recueillis par Reporters sans frontières (RSF), les locaux de ce média privé servent désormais à détenir des civils, dénonce l’ONG dans son enquête.
» C’est une reconversion pour le moins inhabituelle, souligne RSF. La Radio Télévision Nyiragongo Musisimuke (RTNM), située dans le nord de Goma, a cessé d’émettre en janvier 2025, quelques jours après la prise du territoire par la coalition AFC/M23. Mais ses locaux n’ont pas été laissés à l’abandon… Si le logo du média est toujours présent sur le portail d’entrée, le matériel d’enregistrement a été remplacé par des drapeaux congolais et des insignes de l’alliance militaire AFC/M23. Pour cause, un bureau des services de renseignement de ce groupe armé, qui occupe et contrôle une partie de la province, y a installé ses quartiers à la fin de l’été 2025 « , a alerté Reporters Sans Frontières.
Les membres du groupe armé qui y travaillent sont chargés de collecter des informations liées à la sécurité du territoire. Mais les anciens studios radio ont aussi été transformés en lieu de détention temporaire pour des civils, révèle RSF mettant en appui les récits de » quatre témoins, dont deux anciens prisonniers qui ont passé plusieurs jours dans ces locaux « .
Un espace médiatique sous assistance respiratoire
Depuis la prise de contrôle de territoires dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, l’AFC/M23 renforce sa mainmise sur les médias de la région. Dernier exemple en date : l’interdiction des “émissions politiques” à Bukavu, proclamée le 19 août par le gouverneur de la province du Sud-Kivu, rappelle l’organisation non gouvernementale. Une dizaine de directives avaient déjà été adressées aux médias de la ville en février 2025, dont l’interdiction de diffuser les propos des autorités congolaises et de relayer des informations négatives sur le M23, ajoute t-elle.
Le groupe rebelle a également recours à la violence et aux arrestations arbitraires, en témoignent les nombreux journalistes détenus dans les prisons de Goma, déplore Reporters Sans Frontières. » En avril 2026, RSF révélait également la détention de journalistes dans des conteneurs situés au sein de l’Assemblée provinciale de la même ville, dans des conditions inhumaines et dégradantes « .